Au départ, on utilise del.icio.us pour enregistrer très égoïstement ses signets et en disposer sur n’importe quel poste et n’importe quel navigateur (on en utilise souvent plusieurs). On en vient à consulter les notes que les autres laissent sur les liens qu’on a sauvegardés, puis on consulte leurs comptes. Immanquablement, on s’abonne à ceux qui, avec une veille active, dénichent des ressources rares... On finit par utiliser le site comme un moteur de recherche dont l’indexation serait réalisée sans autre algorithme que notre intelligence collective. Enfin, on y fait ses recherches de façon quasi systématique et cette expérimentation change notre comportement. Comment ?

Petit exemple. Pour tagger les signets concernant l’architecture d’information, j’ai d’abord utilisé architecture_information, l’underscore étant nécessaire pour que les deux termes ne soient pas interprétés comme deux mots clés différents (pas question de ranger ça avec l’architecture). L’ensemble étant un peu lourd, j’ai simplifié en utilisant l’abréviation AI. So far, so good.

Le problème, c’est que AI correspond en anglais à l’abréviation pour Artificial Intelligence : les internautes anglophones (majoritaires sur le site) qui faisaient des recherches sur l’intelligence artificielle tombaient sur mes liens sur l’architecture d’information – aucun rapport avec la choucroute. Si je faisais des recherches avec mon tag, je tombais sur des liens sur l’intelligence artificielle. Pas top. J’ai donc changé le AI en IA (pour Information Architecture) pour rejoindre les conventions du groupe.

L’anecdote s’arrête là, mais elle est riche d’enseignement à mes yeux. D’une part, elle met en lumière la nécessité de trouver un vocabulaire et un langage commun pour échanger et partager. Elle permet aussi, de façon tangible, de mesurer l’importance de la qualification de l’information et tout son intérêt. Ensuite, elle oblige l’internaute égoïste que nous sommes tous à une certaine citoyenneté : on est tenu, de fait, de rendre facilement exploitable par les autres les ressources que nous engrangons au départ pour nous-mêmes.

C’est là une grande force des sites collaboratifs, de nous obliger à être des citoyens du monde responsables et préoccupés des autres, même dans des opérations a priori simples et très personnelles. Je trouve pour ma part que c'est une bonne leçon de vie, et un bon argument pour le genius of the AND. C'est comme ça que delicious se révèle aujourd'hui aussi utile pour faire des recherches que Google. Avec un petit supplément d'âme.